Les règles de la retraite changent à nouveau en France. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adoptée le 16 décembre 2025, suspend la réforme de 2023 jusqu’au 31 décembre 2027. Cette suspension ne supprime pas la réforme, elle la gèle temporairement. Concrètement, le relèvement progressif de l’âge légal vers 64 ans et l’allongement de la durée de cotisation sont mis en pause pour les générations nées entre 1964 et 1968. Plusieurs mesures nouvelles entrent en vigueur dès le 1er septembre 2026. Voici le détail.
Retraite 2026 : âge légal et durée de cotisation selon votre génération
À partir du 1er septembre 2026, l’âge légal de départ à la retraite évolue selon l’année de naissance. Les générations 1964 à 1968 gagnent entre 3 et 6 mois par rapport au calendrier initial de la réforme de 2023. Les personnes nées à partir de 1969 conservent un âge légal fixé à 64 ans et une durée de cotisation de 172 trimestres.
| Génération | Âge légal de départ | Durée requise pour le taux plein |
|---|---|---|
| Née en 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| Née en 1965 | 63 ans | 171 trimestres |
| Née en 1966 | 63 ans et 3 mois | 171 trimestres |
| Née en 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 trimestres |
| Née en 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| Née à partir de 1969 | 64 ans | 172 trimestres |
Selon l’Assurance retraite, environ 2,2 millions de personnes sont concernées par ces ajustements. Près de 1,2 million d’entre elles pourraient anticiper leur départ d’environ trois mois en moyenne. Un point de vigilance : jusqu’au 31 août 2026, l’ancienne réforme reste applicable. Un départ programmé avant le 1er septembre n’est pas affecté par la suspension.
Carrière longue : les nouvelles conditions pour partir plus tôt
Les deux décrets publiés au Journal officiel le 8 mai 2026 ont précisé les règles du dispositif de départ anticipé pour carrière longue. Le principe reste inchangé : pour partir avant l’âge légal, il faut avoir commencé à travailler avant 16, 18, 20 ou 21 ans et avoir validé au moins cinq trimestres cotisés avant la fin de l’année civile de ces âges. Quatre trimestres suffisent pour les personnes nées au dernier trimestre ou dont le premier emploi a été validé en tant que non-salarié agricole.
Pour certaines générations, la durée totale de trimestres cotisés requise est réduite d’un trimestre. Une personne née en 1965 qui devait réunir 172 trimestres cotisés n’en doit plus que 171. Dans certains cas, cet allègement permet d’avancer le départ de trois mois. Les personnes nées au premier trimestre 1965 bénéficient d’un avantage plus substantiel : elles ne doivent cotiser que 170 trimestres au lieu de 172, soit un gain de deux trimestres.
Les générations nées à partir de 1966 restent soumises aux règles actuellement en vigueur concernant la durée de cotisation. Aucune modification n’est prévue pour ces assurés. Cette mesure concerne environ 120 000 départs à la retraite chaque année, un volume important pour le système de retraite français.
Deux trimestres enfants pour la carrière longue : ce qu’il faut savoir
| Génération | Âge légal | Durée requise |
|---|---|---|
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 trimestres |
| 1965 | 63 ans | 171 trimestres |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 171 trimestres |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 trimestres |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 trimestres |
| 1969 et après | 64 ans | 172 trimestres |
La mesure la plus attendue par les mères de famille concerne l’intégration de trimestres liés aux enfants dans le décompte de la carrière longue. La LFSS 2026 prévoit que jusqu’à deux trimestres puissent être intégrés dans les trimestres réputés cotisés nécessaires pour accéder au dispositif. Attention : il s’agit de deux trimestres maximum, quel que soit le nombre d’enfants, et non deux par enfant.
Les trimestres concernés sont ceux attribués pour maternité, éducation, adoption ou congé parental d’éducation. La mesure bénéficiera principalement aux mères, mais les pères ayant partagé des trimestres d’éducation depuis 2010 pourraient également en profiter sous conditions. Pour les fonctionnaires relevant de la CNRACL, deux trimestres de bonification sont pris en compte si l’enfant est né avant le 1er janvier 2004, un seul trimestre dans le cas contraire.
Entre 6 000 et 12 000 assurées supplémentaires pourraient accéder chaque année au dispositif carrière longue grâce à cette mesure. Mais au 15 juillet 2026, le décret d’application n’est toujours pas publié au Journal officiel. Des futurs retraités ayant prévu de partir en septembre sont dans l’impossibilité de finaliser leur dossier. L’Assurance retraite indique que les mises à jour informatiques interviendront après la publication des textes.
Pension des mères : le calcul sur 23 ou 24 meilleures années
Cette mesure concerne le salaire annuel moyen, base de calcul de la pension de retraite dans le régime général. Les nouvelles règles prévoient que les mères ayant eu un enfant voient leur pension calculée sur les 24 meilleures années de carrière. Celles ayant eu deux enfants ou plus bénéficient des 23 meilleures années. L’objectif est de corriger un biais structurel : les années de maternité, de temps partiel lié aux enfants ou d’interruption d’activité pèsent sur le salaire annuel moyen et réduisent mécaniquement la pension.
En retirant une ou deux années de la base de calcul, les moins bonnes années sortent du décompte. L’impact estimé est d’environ 1 % de hausse moyenne de pension pour les femmes concernées. Pour les carrières ayant connu des interruptions longues ou des baisses de revenus durables, les gains peuvent atteindre 5 à 15 %. Selon les projections, une retraitée sur deux serait gagnante. Cette mesure s’applique aux mères relevant du régime général et des régimes alignés, nées à partir de 1970 et liquidant leur retraite à compter du 1er septembre 2026.
Les fonctionnaires ne sont pas concernées, leur pension reposant sur le traitement des six derniers mois. Voici les points essentiels à retenir :
- Les mères d’un enfant bénéficient des 24 meilleures années de salaire.
- Les mères de deux enfants ou plus bénéficient des 23 meilleures années.
- La mesure ne s’applique qu’aux mères nées à partir de 1970.
- Le décret d’application reste encore attendu à la mi-juillet 2026.
- Les régimes alignés sont inclus, mais pas la fonction publique.
Congé de naissance et cumul emploi-retraite : les autres nouveautés
La LFSS 2026 crée un congé de naissance d’un à deux mois, en plus du congé de maternité et du congé de paternité. Il est ouvert à chacun des deux parents pour les enfants nés ou adoptés à partir du 1er janvier 2026. Ce congé est indemnisé à 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second mois. Il peut générer un trimestre assimilé pour la retraite si la période indemnisée atteint le seuil requis de 90 jours.
Le cumul emploi-retraite change également à partir du 1er janvier 2027 pour les pensions liquidées après cette date. Avant l’âge légal, toute reprise d’activité réduira la pension du montant des revenus perçus. Entre l’âge légal et 67 ans, le cumul sera plafonné avec un seuil autour de 7 000 € par an. En cas de dépassement, la pension sera réduite de 50 % du montant excédant ce plafond. À partir de 67 ans, le cumul intégral s’applique sans restriction.
Le délai de carence de six mois en cas de reprise d’activité chez le même employeur sera supprimé. Une simplification notable pour les seniors qui souhaitent maintenir une collaboration après leur départ. Ces règles influencent dès maintenant les décisions des futurs retraités, même si elles ne s’appliquent pas aux départs de septembre 2026.
Les décrets encore attendus : ce qui reste incertain à l’été 2026
Plusieurs points demeurent en suspens à la mi-juillet 2026. Les modalités exactes d’intégration des deux trimestres enfants dans le décompte carrière longue ne sont pas encore connues. La date de publication du décret sur le salaire annuel moyen en 23 ou 24 meilleures années reste floue. Le décret fixant le taux d’indemnisation du congé de naissance manque également. Enfin, le seuil exact du plafond de revenus pour le cumul emploi-retraite partiel doit encore paraître.
Des futurs retraités ayant prévu de partir en septembre se retrouvent dans l’impossibilité de finaliser leur dossier. Selon la CFDT-Retraités, cette situation génère une anxiété réelle. Certains assurés ont déjà notifié leur départ à leur employeur sans avoir la confirmation définitive de leurs droits. Dans ce contexte, anticiper et vérifier régulièrement les publications officielles est essentiel pour préparer sa retraite dans les meilleures conditions possibles.
Ce que le gel de 2026 change vraiment
Est-ce que je peux partir avant 64 ans si je suis né en 1965 ?
Pour la carrière longue, oui. Pour le régime général, l'âge passe à 63 ans au lieu de 63 ans et 3 mois. Si vous avez cotisé tôt, les règles spécifiques s'appliquent.
Faut-il avoir 172 trimestres pour toucher sa retraite à taux plein ?
Ça dépend de votre génération. Les 1964 à 1968 doivent réunir entre 170 et 172 trimestres. À partir de 1969, c'est 172 trimestres obligatoires.
Les deux trimestres enfants comptent-ils vraiment pour la carrière longue ?
C'est prévu, mais le décret d'application manque encore. La loi autorise deux trimestres maximum, tous enfants confondus. Pour les fonctionnaires, ça dépend de la date de naissance de l'enfant.
Si j'ai prévu de partir fin août 2026, quelle règle s'applique ?
L'ancienne réforme reste en vigueur jusqu'au 31 août. Un départ avant le 1er septembre n'est pas touché par la suspension. Après cette date, les nouvelles règles s'appliquent.
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Journaliste web passée par la presse locale, Maëlys relie les sujets de société aux choix du quotidien. Elle aime les enquêtes de terrain, les formats clairs et les conversations qui déplacent le regard.